Nous avons du remplir, il y a une semaine, ce questionnaire de la DCC (Délégation Catholique de Coopération) pour faire le bilan de nos 6 premiers mois au Brésil...
BILAN de MATTHIEUIntitulé de ton poste : administrateur paroissial1- Le projet et le poste
1.1 Décris le projet dans lequel tu agis ? Quels en sont les objectifs ? Quel en est le cadre institutionnel ?
Je travaille en temps qu’administrateur du Jardim Beija-flor et de la paroisse de Costa Marques.
-La première entité est une école maternelle comptant en moyenne 250 élèves. Elle dépend des œuvres sociales du diocèse de Guajara-Mirim ; cette école philanthropique reste cependant sous contrat avec l’état et la mairie de Costa Marques ; ces derniers fournissant notamment les professeurs et des subventions. L’école a pour objectif le développement, l’éveil et l’alphabétisation des jeunes costa marquenses. Cette école a fondé son modèle de sociabilisation sur l’accueil de tous les élèves, sans condition de ressources de leurs parents. Il en résulte une mixité sociale permettant à chacun de développer sa sociabilisation dès le plus jeune âge. Cette institution permet aussi la distribution d’un repas journalier, aidant ainsi les familles les plus démunies.
La paroisse de Costa Marques dépend de la mitre de Guajara-Mirim. Diverses activités sont encadrées par cette structure (pastorales des enfants, catéchèse, renouveau charismatique, confrérie de l’Esprit Saint…), en plus des célébrations de messes dans la ville et dans les communautés rurales.
1.2 Quelle fonction exerces-tu dans ce projet, quelles sont tes principales activités ?
J’ai travaillé pendant mes 4 premiers mois au Diocese de Guajara Mirim, ou je m’occupais avec la secrétaire du Diocèse de la coordination financière et comptable de la mitre (ensemble des paroisses du diocèse), des œuvres sociales (4 entités diverses) et des relations avec l’organisme collecteur de dons en France. Ces activités faisaient principalement appel à des notions de contrôle de gestion.
Depuis notre arrivée à Costa Marques, les fonctions que j’exerce ne font pas partie d’un projet particulier : j’officie en collaboration avec la secrétaire de la paroisse sur les deux structures pour m’occuper du suivi de « comptabilité » et l’administration. Je fais aussi l’intendance (de façon très très générale…) de l’école. Je cherche à diversifier mon implication professionnelle hors de la structure ecclésiale auprès du syndicat des travailleurs ruraux et d’autres mouvements que je pourrais aider, de façon ponctuelle ou occasionnelle.
1.3 Ton poste correspond-il à la description qui t'en a été faite lorsqu'il t'a été présenté ?
Y-a t’il eu des aménagements ? Si oui, lesquels ?
Le poste correspond à la présentation qu’il m’en a été faite.
Parmi les aménagements, on peut sans doute parler des 4 premiers mois à Guajara-Mirim, au sein du diocèse, et le fait que je doive rechercher des activités en dehors du domaine ecclésial pour occuper mon temps de travail. En dehors de ceci, peu d’aménagement sont à relever. Cependant, si je reprends ma fiche de poste, les activités énoncées sont loin de m’occuper à plein temps :
A l’école maternelle : je site « l’objectif du poste d’administrateur est d’aider la directrice en place dans la gestion financière et matérielle pour lui laisser plus de temps pour la partie pédagogique ». Du coté des « finances », le travail consiste simplement à l’enregistrement et classement des factures sur un Excel. Concrètement, cela me prend au maximum une journée par mois… pour ce qui est de la gestion matérielle, c’est principalement donner un coup de main en cuisine, aller ramasser des fruits ou de la bouse de vaches et faires les achats ponctuels : bref, des travaux non planifiables, de faible importance et qui pourraient largement être faits par un travailleur local, ce qui reviendrait largement moins cher. On peut ajouter à cela la grande difficulté de la directrice à déléguer, cela n’encourage ni moi, ni les employés locaux à prendre et à assumer des initiatives quand je sais qu’elle repassera toujours derrière. Je ne perds cependant pas espoir puisque je tente d’organiser la kermesse de l’école qui nécéssite un peu plus de travail.
A la paroisse : « aide à l’administration de la paroisse » à ce niveau, la demande est très faible : il y a déjà une secrétaire assez performante et bien formée pour la demande locale, mon but n’étant absolument pas de me substituer à elle, au mieux de la former sur des sujets qu’elle n’abordera que peu ou prou. Là aussi, je réponds actuellement à des demandes non planifiables et d’importance faible.
De façon générale « Recherche de financement public pour les différentes entités du diocèse ». Pour cela, il serait de meilleurs augures d’être en lien direct avec les entités du diocèse qui en ont le plus besoin : mais elles sont à un petit millier de kilomètres du lieu de ma mission : à Guajarà-Mirim…
Quand au projet de création d’un centre social, apparemment, ce projet est bien enfoui dans le carton d’un maire bien corrompu et qui détourne l’argent public.
Par contre, je sens bien la grande autonomie…
1.4 Décris tes relations avec ton responsable, ton insertion dans ta communauté d'accueil.
Les relations avec mes responsables peuvent être qualifiées d’assez chaleureuses :
-Monseigneur Gerard Verdier (évêque de Guajarà-Mirim) : l’entente est cordiale, aussi bien personnellement que professionnellement, il a cependant du mal à prendre des décisions franches quant aux changements relatifs à la survie des œuvres qu’il a en main. Il est vrai que je peux faire preuve de manque de diplomatie, voire être trop direct, ce qui peut le braquer...
-Père Jean Picard (prêtre de Costa Marques) : entente chaleureuse, il fait ce qu’il peut pour m’aider, m’insérer dans la vie Costa marquense : rien à redire, c’est vraiment une personne en or, à la limite de la figure paternelle.
-Sœur Zézé (sœur calvairienne et directrice du Jardim Beija-Flor) : cette personne est à envisager sous deux points de vue.
-personnellement, elle a un raisonnement assez profond, elle s’avère très intégrée dans notre sociabilisation et notre développement personnel, à la limite de la confidente pour les petits « coups de gueule » sur les inégalités sociales et la difficulté à travailler avec les natifs de Costa Marques et des environs (elle vient de Sao Paulo, donc a une mentalité qui se rapproche de celle d’une européenne). Elle est très présente.
-professionnellement, c’est très difficile de travailler avec elle, car elle ne sait pas ni planifier, ni déléguer, mais reste très exigeante envers les autres : c’est du « maintenant ou tout de suite », ce qui se révèle très difficile à gérer. Pour ce qui est de la délégation, (d’après ce quelle dit) elle aimerait bien déléguer, mais n’y arrive absolument pas, ce qui la rend stressée et stressante. Il en résulte une ambiance de « flicage » qu’elle impose aux employés de l’école et aux fonctionnaires… ce que tout le monde déteste. On peut rajouter qu’elle est à la fois autoritaire, tout en jouant à fond sur le contrat didactique et le chantage affectif (apparemment, elle a fait des études de psychologie et si j’étais jusqu'au-boutiste, je dirais qu’elle n’en a retenu que les moyens de dicter son point de vue).
1.5 Ton responsable t'accompagne-t-il dans ton action ? Le rencontres-tu régulièrement ? Quelles sont les possibilités d'évaluation ? As-tu défini des critères d'évaluation avec ton responsable ?
Mes responsables me laissent une liberté qui est assez grande, cependant, il n’y a que rarement des entrevues réellement constructives, pour deux raisons : premièrement, cela ne fait que deux mois que je suis en poste à Costa Marques. Deuxièmement, je ne mène pas (encore) de projets réellement constructifs, ce qui m’ennuie un peu… les rencontres sont cependant régulières, mais informelles (plusieurs fois par semaines, hors évêque). Les possibilités d’évaluations sur des points précis n’ont pas encore été abordées, sans doute parce que je n’ai pas encore d’objectifs définis.
Ta présence dans ce projet te paraît-elle utile ? Explique.
Vaste question… je dirais, pour ne pas faire de détails, que mon utilité professionnelle n’est que toute relative pour ne pas dire inexistante !! : La paroisse de Costa Marques ne s’arrêtera pas de tourner lors de mon départ apparemment, loin de là. Il y a déjà une personne qui effectue les taches quotidiennes, hebdomadaires et mensuelles, je suis plus dans un rôle d’homme de main, car la secrétaire du diocèse a été très bien formée par Romain (coopérant en place jusqu’à fin 2006) et a fait le nécessaire pour tenir le cap lors des 4 mois sans coopérant sur Costa Marques, de plus, il n’y a absolument pas besoin de deux personnes à plein temps pour réaliser les taches administratives relatives à la vie ecclésiale locale. Pour les tâches d’entretien, Romain avait aussi fait le nécessaire pour embaucher une personne de confiance peu de temps avant son départ, ainsi, il n’y a plus à manager le précédent employé, qui essayait toujours de feinter… le nouveau venu est vraiment très efficace…
Comme le dit le Père Jean, il fait appel à des couples de coopérants, car il y a eu des déconvenues avec des volontaires venus seuls, mais aussi en tant que « modèle social » face à une conception du couple qui est totalement dégradé au Brésil et à Costa Marques en particulier.
J’ai donc un certain mal à faire ma place depuis les deux mois passés, au moins au niveau professionnel, car il n’y a pas de réelle demande locale, ce qui se révèle jusqu’alors préjudiciable professionnellement pour moi : avant ma mission, je me faisais un point d’orgue d’avoir une stimulation intellectuelle au sein de ma fonction, chose que j’ai beaucoup de mal à retrouver ici, de même qu’une issue à cette situation. il n’y a aucun besoin actuel en terme de gestion, financement et comptabilité, ce qui m’amène à élargir le champ de mes tâches à des domaines que je ne connais pas : la cueillette et le pressage de fruits, le service en cantine ou l’attente dans les files de banque. Apparemment, la majeure partie des actions juridiques et financières sont bloquées par les pouvoirs publics, la géographie ou la mentalité des locaux..
2- Ta vie de volontaire
2.1 Les conditions de logement, de nourriture et financières correspondent-elles à ce qui t’en a été dit ?
Oui, rien à redire sur ce sujet, c’est parfait.
2.2 Quelles sont les principales difficultés rencontrées (santé, langue, séparation de la famille et des amis)? Comment as-tu essayé de les surmonter ? As-tu trouvé un interlocuteur pour en parler ? (responsable, collègue, autre personne...).
Hormis la difficulté de la langue et celle à s’adapter aux températures locales lors des trois premiers mois, la principale difficulté reste le manque de stimulation et d’issue face à mes compétences professionnelles. Mes responsables, collègues ainsi que ma femme restent attentifs à cette situation.
2.3 Comment participes-tu à la vie locale (contact avec la population, église locale, vie associative…) ?
Je implique dans la vie locale principalement via les fêtes (très fréquentes ici), la pastorale des enfants ou nous venons d’être intronisés (nous allons nous occuper d’un quartier de la ville, en collaboration avec l’équipe locale), et la collaboration avec le syndicat des travailleurs ruraux ou je fais la comptabilité et j’aimerai bien à terme les aider à s’organiser. Je vais aider dans les prochains jours un des policiers pour l’aider à animer un groupe de jeunes fondé sous une initiative citoyenne. Parmi les pastorales, j’aimerai notamment m’impliquer d’avantage dans la pastorale de la terre, afin d’aider les petits agriculteurs à sortir de l’agriculture de subsistance, notamment en les aidant à fonder une (des) coopérative(s) et en introduisant les activités de microcrédit dans la ville, mais des antécédents fâcheux sur ces deux derniers plans (détournements, manquement grave de gestion) attirent la méfiance : cependant, cela marche déjà à quelques centaines de kilomètres d’ici.
Les collègues de travail au sein de l’école et de la paroisse se révèlent être aussi de bons piliers sociaux.
2.4 Rencontres-tu d’autres volontaires (DCC ou autre ONG) ?
Hormis les mouvements de pastorales, je n’ai pas encore rencontrés de volontaires étrangers, néanmoins, nos futurs vacances dans le Nord est du pays vont nous permettre de rencontrer les coopérants du Maranhão (Luc, Anne, Nolwenn et Guerric)… et puis on attend la venue (un jour peut-être) de Jadwiga…
2.5 Quelles sont tes principales satisfactions et joies éprouvées ?
Déjà une très grande joie… nous avons réussi à construire avec Marie un couple qui va en se renforçant, au moins sur les trois derniers mois : Costa Marques et notre petit chez nous y est sans doute pour quelque chose. Cela fait maintenant 10 mois que nous sommes mariés et nous arrivons à communiquer énormément, et surtout à se dire la vérité sur tout. Un vrai bonheur, on s’aperçoit que l’un est vraiment un pilier pour l’autre !
Pour les joies, en vrac, on peut citer le soutien de nos amis en France, la découverte de la culture brésilienne (assez marrante en fait), le pèlerinage fluvial de Nossa Senhora dos Seringeiros durant 3 semaines : superbe et intense… et puis plein de petits moments qui me font dire que finalement, je ne suis pas trop mal ici !
Et puis aussi, me remettre au sport, plus particulièrement commencer la capoeira : première semaine, j’ai eu mal partout. Deuxième semaine, j’ai commencé à comprendre le principe. Troisième semaine : je me donne à fond, même si je continue encore à paraitre ridicule au centre de la roda !!! C’est bonne ambiance, tout de même !
2.6 Quels objectifs te donnes-tu pour les mois à venir ?
Principalement, je souhaite retrouver un peu d’entrain et beaucoup de stimulation intellectuelle au travail, pour cela, j’ai sans doute besoin de discuter en vérité avec les gens d’ici, quitte à y passer des journées pour trouver le petit truc qui me donnera le feu qui me manque. En plus de ceci, j’aimerai vraiment aider les travailleurs de la terre, pour leur montrer qu’ils peuvent faire de grandes choses s’ils unissent leurs efforts : c’est sans doute eux qui travaillent le plus dur dans ce coin pour une rémunération qui est loin d’être à la hauteur de leur courage. Parmi les objectifs que je me suis fixés, je vais notamment apprendre (par moi-même et par internet) à mettre à jour le site web de notre mission et de Lettre d’Amazonie…à la demande de notre évêque Gerard Verdier !
Et je risque surement de passer des unités de valeurs par correspondance pour obtenir un bac+5 en comptabilité… à voir à moyen terme.
3 - Le suivi de la DCC
3.1 – Maintenant que tu es sur le terrain, que penses-tu de la préparation de départ suivie à la DCC ? Rien à redire, je suis sans doute tombé dans la plupart des petits travers du coopérant… c’était écrit, j’avais été prévenu…
3.2 – Que penses-tu du suivi de la DCC (DCC news, chargé de mission, questions administratives…) ?
Jusqu’à présent, j’estime que le suivi est très bon
BILAN de MARIE
Intitulé de ton poste : Responsable pédagogique
1- Le projet et le poste
1.1 Décris le projet dans lequel tu agis ? Quels en sont les objectifs ? Quel en est le cadre institutionnel ?
Je travaille dans une école maternelle, le « Jardim Beija Flor », en tant que responsable pédagogique. Je suis en relation avec une équipe de 14 professeurs, une assistante pédagogique et une directrice. C’est une école de 250 élèves âgés de 2 ans et demi à 6 ans. Les enfants de 5 et 6 ans viennent à l’école le matin et les plus jeunes viennent l’après-midi.
Les objectifs de ma mission dans cette école sont de travailler avec l’équipe enseignante, les aider à organiser, planifier leur travail, donner des conseils pédagogiques, monter des projets avec eux, mais aussi ressouder l’équipe et faire partager mon amour du métier.
Cette école appartient aux œuvres sociales du diocèse de Guajara-Mirim. C’est une école qui a une vertu philanthropique, mais reste sous contrat d’état.
1.2 Quelle fonction exerces-tu dans ce projet, quelles sont tes principales activités ?
Je suis « Responsable pédagogique ». J’aide les professeurs à monter leurs cours, à trouver des idées, avoir de la créativité, à se fixer des objectifs (souvent absents) et à se projeter un peu plus loin que pour le jour suivant !
J’anime aussi des réunions sur des thèmes plus généraux autour de la pédagogie que j’essaie de choisir en fonction de leurs demandes ou de leurs besoins (comme la discipline, le travail de groupe, le travail en projets…)
La directrice aimerait que je sois davantage « superviseur » que « coordinatrice pédagogique » ce qui impliquerait qu’en plus de l’aspect pédagogique j’aurais une fonction d’autorité sur l’équipe enseignante. Elle aimerait que je note leurs heures d’arrivée et de départ, que je les oblige à me faire des comptes rendus sur leurs journées et leur travail… que j’intervienne davantage dans les classes (car jusqu’ici, je reste à leur disposition dans la salle des profs, là où il y a tout le matériel pédagogique pour les aider) …Mais je ne me sens pas prête pour cette fonction, et pas à la hauteur, car je suis la plus jeune de l’équipe et que je ne sais pas être « autoritaire » !!
1.3 Ton poste correspond-il à la description qui t'en a été faite lorsqu'il t'a été présenté ?
Y-a t’il eu des aménagements ? Si oui, lesquels ?
Plus ou moins ! Il ne correspond pas au poste décrit sur ma fiche DCC où je devais être « responsable pédagogique » dans une école de personnes handicapées, mais il correspond à ce dont m’avait parlé le père Jean Picard et l’évêque Dom Geraldo un peu avant ma venue, lors de nos différents échanges !
Le changement est lié au fait que l’ancienne coopérante n’ayant pas trop « accrochée » avec la directrice du Jardim Beija Flor et ayant plus une formation d’éducatrice spécialisée, elle avait trouvé finalement sa place à l’APAE (l’école pour personnes handicapées). Mais le diocèse a préféré me réorienter vers l’école maternelle, avec une possibilité d’aller aider de temps en temps à l’APAE. (Pour l’instant j’y suis allée deux fois pour me faire connaitre, mais n’y ai encore jamais travaillé.)
Je tiens à préciser aussi que notre mission à Costa Marques n’a commencé que depuis 2 mois et demi car nous avons passé nos 4 premiers mois de mission à Guajara-Mirim, sous la tutelle et la demande de l’évêque Gérard Verdier, durant lesquels j’ai monté sa bibliothèque personnelle (cataloguer tous ses livres, les trier, les étiqueter et les ordonner). En fait, il nous a demandé de rester à Guajara Mirim en attendant la venue de Jadwiga (autre coopérante DCC) qui devait arriver en Février et il avait besoin des compétences de Matthieu, mon mari, pour gérer le coté administratif et financier du diocèse en attendant ! Pour m’occuper, n’ayant aucune réelle mission pour moi là-bas, il m’a demandé de réaliser ce projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps !! ça a été un début un peu difficile pour moi… où j’ai eu du mal à trouver ma place et où je restais enfermée dans un bureau presque 7 heures par jour devant un ordi sans parler à personne et donc sans progresser en portugais : dur dur !! Mais je lui ai fait une belle bibliothèque : mission accomplie !!
1.4 Décris tes relations avec ton responsable, ton insertion dans ta communauté d'accueil.
J’ai 3 responsables : l’évêque Gerard Verdier qui vit sur Guajara Mirim (maison mère de la mission), le Père Jean Picard qui nous a accueilli à Costa Marques et la sœur Zézé, directrice du Jardim Beija Flor !
Dom Geraldo est le « grand » responsable du diocèse mais nous ne sommes pas directement en contact avec lui puisqu’il vit à Guajara-Mirim !! Nous avons tout de même passé nos 4 premiers mois avec lui où nous avons appris à le connaitre ! C’est un homme d’une très grande bonté, passionné par le Brésil et son peuple, et très investi pour lui !! Il nous a accueillis très chaleureusement et il s’inquiétait souvent de savoir comment était mon moral… Par contre, étant très pris par ses multiples voyages de visites de communautés, il n’était pas souvent là, ou, quand il l’était, c’était difficile pour lui d’être disponible… Donc on a du se faire notre trou tous seuls, dans cette ville qui n’était pas notre réelle lieu de mission !
En tout cas, personnellement, mes rapports avec lui sont très bons et j’apprécie beaucoup sa douceur et sa délicatesse. Mais je n’ai jamais eu réellement à « travailler » avec lui !!
Le Père Jean de Costa Marques… C’est lui notre réel responsable ! Il nous a, lui aussi, accueilli à bras ouverts, nous a présentés aux différents points clés de la ville, aux pastorales, aux communautés rurales dans lesquelles il va presque tous les jours célébrer des messes. Il nous a vite fait confiance et laisser libres de faire nos marques, sans jamais nous précipiter… Il est très engagé pour les fidèles de ses paroisses et est très disponible et accueillant pour eux !! Il l’est tout autant avec nous, cherchant toujours à savoir comment s’est passé notre journée, si le moral est bon, si nos activités extérieures nous plaisent, si on trouve notre place… comment il peut nous aider, etc… J’apprécie beaucoup son écoute et son côté « paternel »…
Sœur Zézé !! Notre « chère » directrice du Jardim ! Elle n’est pas en lien direct avec la DCC mais avec le diocèse, et est la personne avec qui nous sommes le plus clair de notre temps. C’est une personne qui peut me faire changer d’avis sur elle en moins de deux secondes !! Hors Jardim, j’apprécie passer du temps avec elle, parler de sujets « hors travail », et nous avons une vision relativement semblable sur les habitants de Costa Marques… Elle a très souvent une attention gentille à mon égard, elle m’offre régulièrement des fruits de son jardin ou des œufs de son poulailler et nous invite très régulièrement à passer chez elle ! Elle s’inquiète de mon moral et de comment je me sens à l’école ! Jusqu’ici tout va bien !!
Mais… en tant que directrice, elle est très difficile à vivre !! C’est même quasiment impossible de travailler avec elle ! Je suis arrivée au Jardim au milieu d’une ambiance très tendue entre tout les travailleurs de la maternelle (les professeurs, le secrétaire, les fonctionnaires s’occupant de la propreté, cuisine et matériel) et elle !! Elle n’est pas du tout apprécié ici et c’est une guerre qui s’envenime chaque jour un peu plus, personne ne voulant mettre de l’eau dans son vin ou essayer de poser les choses pour trouver une solution !! C’est très difficile pour moi de devoir faire « tampon » entre les deux côtés surtout quand c’est pour essayer de me tirer chacun dans leur camp… « Elle a dit ça, elle a fait ça… » ou « ils sont comme ci, ils sont comme ça !! » Au début je me suis plutôt glissée du coté de la directrice, étant moi aussi un peu désespérée et impuissante face au manque de motivation des profs, mais très vite, j’ai pu voir qu’elle était loin d’être une directrice attentive et douce envers l’équipe du Jardim !! Elle est très directive, autoritaire et laisse très peu de place aux idées des autres, s’impose dans les classes au milieu d’une leçon pour couper le professeur dans son élan et lui dire qu’il faut mieux faire comme ça, anime des réunions où personne n’ose parler car ils savent à l’avance que leurs idées ne seront pas prises en compte quand ça n’est pas pour être démontées devant tout le monde… De ce fait, les profs ont perdu toute motivation pour faire quelque chose dans leur classe !! Et elle, refusant de voir que le problème pourrait venir d’elle (Pourtant, je lui en ai déjà parlé plus d’une fois !) continue à les traiter de fainéants et d’immatures, ayant besoin d’être surveillés et suivis ! Bref, elle ne leur laisse aucune liberté…
Moi, j’ai de la chance qu’elle me fasse « toute confiance » comme elle dit (bien que je sente que celle-ci soit toute relative !!) et je me sens assez libre vis-à-vis d’elle, n’hésitant pas à lui dire ce qui ne va pas !! On a cependant souvent des conversations un peu « tendues » n’ayant pas du tout le même mode d’opérer, elle, essayant de me transformer en « flicage de profs » !! Je n’ai aucune formation et me sens totalement incapable de faire de l’autorité face à l’équipe enseignante… surtout que je suis persuadée que ça ne va pas faire bouger les choses, mais seulement les braquer, alors que pour l’instant, on réussit à travailler dans de bons termes !!
Le plus étrange, c’est qu’elle me confie souvent ne pas s’épanouir dans son travail (qui n’est d’ailleurs pas son domaine de compétences !!) et qu’elle aimerait quitter le Jardim… Et de l’autre côté, tous les profs ne rêvent que d’une chose, c’est de la voir partir !! Bonne ambiance !!!!!!!
1.5 Ton responsable t'accompagne-t-il dans ton action ? Le rencontres-tu régulièrement ?
Quelles sont les possibilités d'évaluation ?
As-tu défini des critères d'évaluation avec ton responsable ? Si oui, énonce les :
Nous n’avons pas encore programmé de temps « spécial évaluation » car nous ne sommes réellement à nos postes que depuis 2 mois et demi et qu’il nous faut un petit temps d’observation !! Mais les rencontres se font assez régulièrement avec le Père Jean (avec qui nous déjeunons tous les midis) ou avec la soeur, de manière assez informelle, mais où les choses sont dites sans crainte et sans retenue, et du coup, on peut agir vite dessus !!
Aucun critères n’ont pour l’instant étaient définis… mais je vais y remédier rapidement !!
De mon côté, je me suis déjà fixée quelques objectifs, choisis en fonction des « manques » observés :
Souder davantage l’équipe pour « travailler ensemble », aider les profs à planifier leurs leçons en se donnant des objectifs et en leur apprenant à se servir d’un journal de classe, donner aux enfants un aspect des apprentissages plus ludique et motivant à travers la mise en place de « projets » dans les classes, impliquer davantage les familles dans l’école et dans la scolarité de leurs enfants…
Ta présence dans ce projet te paraît-elle utile ? Explique.
« Utile », oui, dans le sens où il y a de quoi faire (!!!!) les enseignants étant complètement démotivés et manquant de formation ! Ainsi, les choses à faire pour les aider ne manquent pas…
Mais le problème est que leur manque de motivation les « empêche » même d’avoir envie de bouger réellement les choses !! Ils n’aiment pas le changement et préfèrent rester dans leurs habitudes où ils savent que leurs apprentissages ne sont pas terribles, mais qu’au moins, ça ne demande pas trop de travail de préparation… A aucun moment la demande d’aide, d’avoir une « responsable pédagogique » dans l’école n’est venue d’eux !! ça a donc été difficile pour moi de faire ma place parmi eux, ne me sentant pas du tout accueilli et les professeurs continuant à travailler comme si je n’étais pas là, « transparente »… J’ai réussi à gagner leur confiance et leur sympathie et ai commencé à mettre en place quelques « petites choses », mais c’est dur car un jour on se dit « génial, ils ont accroché !! » et le lendemain on se rend compte que finalement ils ne l’ont pas mis en place « car pas le temps » ou « trop de travail » ou… ou…
C’est dur aussi car j’adore ce métier et j’ai du mal à comprendre leur manque de motivation !! J’aimerai tellement réussir à leur donner le gout de ce travail…
Je ne décourage pas, je vais les avoir à l’usure !!!!!
2- Ta vie de volontaire
2.1 Les conditions de logement, de nourriture et financières correspondent-elles à ce qui t’en a été dit ?
Parfait !! On est aux anges dans notre petite maison en amoureux !! On réussit même à économiser pour voyager un peu durant le mois de juillet !!
2.2 Quelles sont les principales difficultés rencontrées (santé, langue, séparation de la famille et des amis)? Comment as-tu essayé de les surmonter ? As-tu trouvé un interlocuteur pour en parler ? (responsable, collègue, autre personne...).
Les principales difficultés sont le manque affectif lié à la séparation « amis et famille » !! C’est dans l’éloignement qu’on se rend compte comme ils sont importants pour nous et comme ils tiennent une vraie place dans nos vies !! J’avais la chance d’être très entourée en France et ça n’est pas encore le cas ici… Beaucoup de rencontres mais peu de relations construites pour l’instant ! Les 4 mois à Guajara n’ont pas aidé car ce sont 4 mois qu’on a « perdu » pour s’intégrer ici et parce que, sachant qu’on n’y resterait pas pour nos 2 ans de mission (à Guajara) on ne s’est pas investi totalement et on n’a pas cherché plus que ça à créer des relations profondes là-bas !!
La langue n’a pas aidé non plus au début !!! Heureusement c’est un peuple souriant et accueillant… mais avec qui j’ai du mal pour l’instant à « approfondir » les liens ; ça reste très superficiel : on fait la fête ensemble, on s’invite, on se sourit, on s’embrasse, on se fait plein de compliments, mais on n’arrive pas encore à dépasser ce stade !
De plus, difficultés rencontrées dans la culture du pays qui est bien différente : en tant que tout jeunes mariés (à peine 3 mois de mariage) on s’est retrouvé projeté au milieu de familles et de couples complètement brisés, en manque de repères et de valeurs !! Infidélités, inceste, 5 enfants de 4 « maris » différents, des « filles-mère » en grande quantité… Nous qui étions habitués à avoir des amis dans nos âges avec plus ou moins les mêmes préoccupations et les mêmes valeurs, sans enfants, donc avec un rythme de vie relativement similaire au notre !! Tous les gens entre 22 ans et 28 ans qu’on connait sont déjà parents !! ça fait un choc car forcément c’est un autre type de relation !!
J’en parle beaucoup avec Matthieu, mais aussi avec nos responsables sur le terrain !! Ainsi qu’avec deux autres personnes avec qui je me sens plus en confiance… Jamile à Costa Marques et Marcio à Guajara Mirim !
En fait, je crois que le plus dur pour moi, c’est ce perpétuel changement dans ma courbe de moral : je n’arrive pas à me stabiliser plus de deux semaines dans un même état d’esprit et c’est fatiguant car ça m’empêche réellement de faire un bilan sur mon ressenti en général !! C’est 3 jours « avec », 5 jours « sans », 8 jours « à fond », 4 jours « au fond » !!! Dur dur… Moi qui aime bien avoir un cadre rassurant avec des repères, c’est pas gagné !!
2.3 Comment participes-tu à la vie locale (contact avec la population, église locale, vie associative…) ?
Je me suis engagée dans la « pastorale des enfants » bien dynamique sur Costa Marques… Je vais aider tous les vendredis après-midi pour donner des bains, préparés avec des plantes, aux enfants de 0 à 6 ans. J’aide aussi les week-ends à la « pesée » de ces mêmes enfants pour surveiller les problèmes de malnutritions… et faire un suivi et accompagnement des familles !
On va commencer les réunions des équipes Notre-Dame car on sait que le couple d’anciens coopérants avait trouvé dans ce groupe des couples solides et ayant des valeurs communes… 1ère réunion ce soir : affaire à suivre !
On voulait aussi essayer de monter un groupe de jeunes sur la paroisse à l’occasion de la rencontre « Taizé » qui va avoir lieu à Cochabamba en Bolivie, durant le mois d’octobre… On s’était dit que ça serait une bonne occasion d’investir les jeunes de l’Eglise dans un projet, surtout qu’on sait que ce genre de rencontre peut être très forte sur le plan spirituel pour l’avoir déjà vécu aux JMJ… Idem : affaire à suivre !
2.4 Rencontres-tu d’autres volontaires (DCC ou autre ONG) ?
Non, mais nous sommes pas mal en contact par mails ou blog !! Et nous avons bien l’intention de nous retrouver en Juillet quelques jours, puis vers la fin de l’année avec ceux du Brésil !!
2.5 Quelles sont tes principales satisfactions et joies éprouvées ?
Ma vie de couple : je la redécouvre sous un autre angle selon lequel Matthieu m’impressionne chaque jour !! On prend beaucoup de temps pour nous, on prend soin l’un de l’autre, chose qu’on ne faisait pas suffisamment en France pris par le rythme endiablé du stress parisien et du boulot !!
Mes rapports avec la France : d’avoir une famille et des amis si présents malgré la distance, de réaliser comme j’ai de la chance d’avoir une vie si heureuse, un travail qui me passionne…
Le cadre de vie de Costa Marques : la nature, la convivialité, le changement (dépaysement !!)…
La capoeira et la guitare qu’on a entrepris…, le portugais qu’on maitrise de mieux en mieux… Les fruits délicieux, le soleil et la bonne humeur des gens…
2.6 Quels objectifs te donnes-tu pour les mois à venir ?
Approfondir mes relations avec les gens, être bien présente et à l’écoute des profs, apprendre à cuisiner « brésilien » (et même «apprendre à cuisiner tout court » !!) !!!!
3 - Le suivi de la DCC
3.1 – Maintenant que tu es sur le terrain, que penses-tu de la préparation de départ suivie à la DCC ? On se retrouve dans plein d’anecdotes racontées lors du stage… Souvent on se fait la réflexion : « ils nous avaient prévenu !! » Rien à dire, c’était très bien !!
3.2 – Que penses-tu du suivi de la DCC (DCC news, chargé de mission, questions administratives…) ?
Parfait aussi !! on se sent soutenu et accompagné… J’ai même eu un gentil mail d’anniversaire de Mercedes !! On sait qu’on peut compter sur vous si ça va pas trop !! On est content d’accueillir notre chargé de mission bientôt… |